L‘AFFIRMATION COMMUNE DE PORVOO

4 - L‘ÉPISCOPAT AU SERVICE DE L‘APOSTOLICITÉ DE L‘ÉGLISE

34 Le rapport entre l‘épiscopat et la succession demeure de longue date un problème. A l‘époque de la Réformation toutes nos Églises ordonnaient des évêques (le terme de surintendant fut parfois employé comme synonyme d‘évêque) dans les sièges épiscopaux de l‘Église Catholique, manifestant ainsi leur intention de poursuivre la vie et le ministère de l‘Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans certains territoires, la succession historique des évêques fut maintenue par l‘ordination épiscopale tandis qu‘ailleurs évêques ou surintendants furent consacrés par des prêtres conformément à ce que l‘on croyait être la pratique de la première Église. L‘une des conséquences de cet état de fait est un manque d‘unité entre les ministères de nos Églises et par voie de conséquence une gêne dans notre commun témoignage, service et mission. Pourtant, ces Églises, malgré l‘interruption de la succession épiscopale, ont toujours eu la volonté de conserver la continuité de l‘Eglise en tant qu‘Eglise de l‘Évangile servie par un ministère épiscopale et elles ont, pour cela, prit des mesure appropriées. La tradition ultérieure de ces Églises montre leur fidélité à l‘apostolicité de l‘Église. Au cours de ces cent dernières années, toutes nos Églises ont ressenti le besoin croissant de surmonter cette difficulté et de donner une expression commune à leur participation continue à la vie de l‘Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
35 Du fait de cette difficulté nous exposons maintenant plus longuement une manière de comprendre l‘apostolicité de toute l‘Église et, dans ce cadre, le ministère apostolique, la succession dans la charge épiscopale et la succession historique comme signe. Toutes ces questions sont interdépendantes.
A L‘Apostolicité de toute l‘Église
36 "Dans le Symbole, l‘Eglise confesse qu‘elle est apostolique. L‘Eglise vit en continuité avec les apôtres et leur proclamation. Le même Seigneur qui envoya les apôtres continue à être présent dans l‘Église. L‘Esprit garde l‘Église dans la tradition apostolique jusqu‘à l‘accomplissement de l‘histoire dans le Royaume de Dieu. La tradition apostolique dans l‘Église implique la continuité dans la permanence des caractéristiques de l‘Église des apôtres: témoignage rendu à la foi apostolique, proclamation et interprétation renouvelée de l‘Évangile, célébration du baptême et de l‘eucharistie, transmission des responsabilités ministérielles, communion dans la prière, l‘amour, la joie et la souffrance, le service des malades et de ceux qui sont dans le besoin, unité entre les Églises locales et partage des dons que le Seigneur donne à chacun".
37 L‘Eglise est aujourd‘hui chargée, comme le furent les apôtres, de proclamer l‘Évangile à toutes les nations, parce que la bonne nouvelle au sujet de Jésus Christ est la révélation du plan éternel de Dieu pour la réconciliation de toutes choses en son Fils. L‘Eglise est appelée à être fidèle à la norme que constitue le témoignage apostolique rendu à la vie, à la mort, à la résurrection et à l‘exaltation de son Seigneur. L‘Église reçoit sa mission et le pouvoir d‘accomplir cette mission comme un don du Christ ressuscité. L‘Eglise est tout entière apostolique. "L‘apostolicité signifie que l‘Église est envoyée par Jésus pour être pour le monde, pour participer à sa mission et par conséquent à la mission de Celui qui a envoyé Jésus, pour participer à la mission du Père et du Fils par la dynamique de l‘Esprit Saint".
38 Dieu le Saint Esprit répand ses dons sur toute l‘Église (Eph. 4,11-13, 1 Cor. 12,4-11), et ressuscite des hommes et des femmes, laïcs et ordonnés, pour contribuer au soin de la communauté. Ainsi toute l‘Église, et chacun de ses membres, participe et contribue à la communication de l‘Évangile par l‘expression fidèle et la mise en œuvre des caractéristiques permanentes de l‘Église des apôtres en un temps et en un lieu donné. Ce qui est essentiel au témoignage de l‘Église ce ne sont pas simplement ses paroles, mais l‘amour de ses membres les uns pour les autres, la qualité de son service de ceux qui sont dans le besoin, l‘usage qu‘elle fait de ses ressources financières et autres, la justice et l‘efficacité de sa vie et de ses moyens d‘assurer la discipline, la manière dont en son sein le pouvoir est réparti et exercé, et ses assemblées cultelles. Tels sont ses moyens de communiquer l‘Évangile. Ils doivent être centrés sur le Christ, la Véritable Parole de Dieu, et jaillir de la vie dans le Saint Esprit.
39 Ainsi la première manifestation de la succession apostolique doit être trouvée dans la tradition apostolique de l‘Église tout entière. La succession est une expression de la permanence et, par conséquent, de la continuité de la mission du Christ lui-même à laquelle l‘Église participe.
40 Dans le cadre de l‘apostolicité de toute l‘Église, il y a une succession apostolique du ministère, service et foyer de la continuité de l‘Église dans sa vie en Christ et dans sa fidélité aux paroles et aux actes de Jésus transmis par les apôtres. Le ministère ordonné a une responsabilité particulière dans le témoignage à rendre à cette tradition et dans la façon dont elle la proclame toujours à nouveau, avec autorité, à chaque génération.
B Le Ministère Apostolique
41 Pour nourrir l‘Église, Dieu a donné le ministère apostolique, institué par notre Seigneur et transmis par les apôtres. La responsabilité principale du ministère ordonné est de rassembler et édifier le corps du Christ par la proclamation et l‘enseignement de la Parole de Dieu, par la célébration des sacrements et par la conduite de la vie de la communauté dans sa louange, sa mission et son service à vocation sociale. La mise à part d‘une personne, à vie, par la prière et l‘imposition des mains,pour une charge ordonnée, rappelle à l‘Église qu‘elle reçoit sa mission du Christ lui-même et exprime la ferme intention de l‘Église de vivre dans la fidélité et la reconnaissance pour cet ordre et ce don. Les différentes tâches de l‘unique ministère trouvent leur expression dans la manière dont le ministère est structuré. Le triple ministère des évêques, des prêtres et des diacres est devenu le modèle habituel pour le ministère ordonné dans la première Église. Il a, par la suite, subi des transformations considérables dans son fonctionnement pratique et connaît aujourd‘hui de nouveaux développements.
42 La diversité des dons de Dieu exige leur coordination pour qu‘ils puissent enrichir toute l‘Église et son unité. Cette diversité et la multiplicité des tâches qu‘elle entraîne, exigent un ministère de coordination. C‘est le ministère de "supervision", episcope, prendre soin de la vie de la communauté dans son ensemble, une pastorale des pasteurs et la responsabilité d‘assurer une vraie nourriture au troupeau du Christ, en accord avec l‘ordre du Christ à travers les âges et dans l‘unité avec les chrétiens d‘ailleurs. Episcope ("supervision") est une exigence de toute l‘Église et son exercice fidèle à la lumière de l‘Évangile est d‘une importance fondamentale pour sa vie.
43 La "supervision" de l‘Église et de sa mission est la responsabilité particulière de l‘évêque. La charge d‘évêque est une charge de service et de communication au sein de la communauté des croyants et, avec la communauté toute entière, pour le monde. Les évêques prêchent la parole, président lors des sacrements et administrent la discipline de telle façon qu‘ils soient des ministres pastoraux représentatifs de la "supervision", de la continuité et de l‘unité dans l‘Église. Ils ont la surveillance pastorale de la région à laquelle ils ont été appelés. Ils sont au service de l‘apostolicité, de la catholicité et de l‘unité de l‘enseignement, du culte et de la vie sacramentelle de l‘Église. Ils ont la responsabilité de la conduite de la mission de l‘Église. Aucune de ces tâches ne devrait être exercée isolément de l‘ensemble de l‘Église.
44 Le ministère de supervision est exercé personnellement, collégialement et communautairement. Il est personnel parce que la présence du Christ au milieu de son peuple est particulièrement bien mise en évidence par la personne ordonnée pour proclamer l‘Évangile et appeler la communauté à servir le Seigneur dans l‘unité de la vie et du témoignage. Il est collégial d‘abord parce que l‘évêque rassemble ceux qui sont ordonnés pour qu‘ils partagent les tâches du ministère et qu‘ils représentent les intérêts de la communauté; il l‘est aussi parce qu‘à travers la collégialité des évêques, la communauté chrétienne d‘un lieu donné est mise en relation avec l‘Église ailleurs, et l‘Église universelle avec cette communauté. Il est communautaire parce que l‘exercice du ministère ordonné est enraciné dans la vie de la communauté et exige que la communauté participe à la découverte de la volonté de Dieu et de la conduite de l‘Esprit. Dans la plupart de nos Églises aujourd‘hui cette dimension communautaire prend forme dans la vie synodale. Les évêques, avec les autres ministres et toute la communauté, sont responsables de la transmission ordonnée de l‘autorité ministérielle dans l‘Église.
45 Les dimensions personnelle, collégiale et communautaire de la ‘"supervision" trouvent leur expression aux niveaux local, régional et universel de la vie de l‘Église.
C La Charge Épiscopale au service de la Succession Apostolique
46 Le fondement ultime de la fidélité de l‘Église, en continuité avec les Apôtres, est la promesse du Seigneur et la présence de l‘Esprit Saint à l‘œuvre dans toute l‘Église. La continuité du ministère de la "supervision" doit être comprise dans le cadre de la continuité de la vie apostolique et de la mission de toute l‘Église. La succession apostolique dans la charge épiscopale est une manière visible et personnelle de centrer l‘apostolicité de toute l‘Eglise.
47 La continuité dans la succession s‘exprime dans l‘ordination ou la consécration d‘un évêque. Lors de cet acte, le peuple de Dieu s‘assemble pour confirmer le choix du candidat et prier pour lui. Lors de l‘imposition des mains par l‘évêque consacrant et par d‘autres représentants, accompagnée de la prière, toute l‘Église fait appel à Dieu en se confiant dans sa promesse de répandre l‘Esprit Saint sur le peuple de l‘alliance (Esaïe 11,1-3, cf. Veni Creator Spiritus). Le geste biblique de l‘imposition des mains est riche de sens. Il peut signifier, entre autres, identification, délégation ou accueil. Il est pratiqué dans des contextes variés: confirmation, réconciliation, guérison et ordination. D‘une part, par l‘imposition des mains, un don de Dieu, déjà accordé, est reconnu et confirmé; d‘autre part il est parachevé en vue du service. La signification précise de l‘imposition des mains en tant que signe est donnée par la prière ou la déclaration qui l‘accompagne. Dans le cas de l‘épiscopat, ordonner par la prière et l‘imposition des mains c‘est faire ce que faisaient les apôtres et l‘Église au cours des âges.
48 Lors de la consécration d‘un évêque, le signe est efficace de quatre manières différentes: il témoigne de la confiance de l‘Église dans la fidélité de Dieu à son peuple et dans la promesse de la présence du Christ avec son Église, par le pouvoir de l‘Esprit Saint, jusqu‘à la fin des temps; deuxièmement, il exprime la volonté de l‘Église d‘être fidèle à l‘initiative et au don de Dieu, en vivant dans la continuité de la foi apostolique et de la tradition; troisièmement la participation d‘un groupe d‘évêques à l‘imposition des mains signifie qu‘eux-mêmes, et leurs églises, acceptent le nouvel évêque et, ainsi, la catholicité des églises; quatrièmement, l‘imposition des mains transmet la charge ministérielle et son autorité en accord avec la volonté et l‘institution divine. Ainsi, lors de l‘acte de consécration, l‘évêque reçoit le signe de l‘approbation divine et le mandat permanent de conduire son église particulière dans la foi commune et la vie apostolique de toutes les églises.
49 La continuité signifiée dans la consécration d‘un évêque à son ministère ne peut être séparée de la continuité de la vie et du témoignage du diocèse auquel il est appelé. En ce qui concerne très concrètement nos églises, la continuité représentée dans le fait qu‘il occupe un siège épiscopal historique est une réalité qui dépasse le cadre de sa personne. Le maintien du modèle diocésain et paroissial pour la vie pastorale et le ministère reflète l‘intention des églises de poursuivre l‘exercice du ministère apostolique de la parole et des sacrements de l‘Église universelle.
D La Succession Épiscopale Historique comme Signe
50 Toute l‘Église est un signe du Royaume de Dieu. L‘acte de l‘ordination est un signe de la fidélité de Dieu à son Église, surtout en relation avec la conduite de sa mission. Ordonner un évêque dans la succession historique (c‘est à dire dans une continuité voulue avec les apôtres eux-mêmes) est aussi un signe. En agissant ainsi, l‘Église fait part de son souci de la continuité dans la totalité de sa vie et de sa mission, et renforce sa détermination de manifester les caractères permanents de l‘Église des apôtres. Pour que le signe soit pleinement compréhensible, une déclaration publique de la foi de l‘Église et un exposé du ministère auquel le nouvel évêque est appelé doivent être inclus dans le service d‘ordination. Ainsi le signe de la succession épiscopale historique sera clairement situé dans le contexte complet de la continuité de la proclamation de l‘Évangile du Christ et de la mission de l‘Église.
51 L‘usage du signe de la succession épiscopale historique ne garantit pas, par elle-même, la fidélité de l‘Église à tous les aspects de la foi, de la vie et de la mission apostoliques. Il y a eu des schismes dans l‘histoire des Églises qui pratiquent le signe de la succession historique. Le signe ne garantit pas, non plus, la fidélité personnelle de l‘évêque. Néanmoins conserver l‘usage de ce signe constitue une incitation permanente à la fidélité et l‘unité, un appel à témoigner des caractéristiques permanentes de l‘Église des apôtres et un mandat pour les mettre en œuvre plus complètement.
52 La fidélité à la vocation apostolique de toute l‘Église est portée par plus d‘une façon de vivre la continuité. Aussi, une église qui a préservé le signe de la succession épiscopale historique est libre de reconnaître l‘authenticité du ministère épiscopal d‘une église qui a préservé la continuité de la charge épiscopale en recourant, en une occasion, à une ordination par des prêtres/presbytres à l‘époque de la Réformation. De même, une église qui a préservé la continuité de la succession en recourant à cette dernière pratique, est libre d‘entrer dans une relation de participation mutuelle à des ordinations épiscopales avec une église qui a conservé la succession historique épiscopale, et d‘adopter elle-même ce signe, sans pour autant nier sa continuité apostolique passée.
53 La reconnaissance mutuelle des églises et des ministères précéde, théologiquement, l‘usage du signe de l‘imposition des mains dans la succession historique. Recouvrer l‘usage de ce signe n‘implique pas la condamnation des ministères de ces églises qui n‘avaient pas auparavant fait usage de ce signe. C‘est plutôt une manière de rendre plus visible l‘unité et la continuité de l‘Église en tout temps et en tout lieu.
54 Plénitude que Dieu veut pour son peuple (Eph. 1,23; 3,17-19). En se rapprochant, en étant servies par un ministère épiscopal réconcilié et bénéficiant d‘une reconnaissance mutuelle, nos églises seront plus fidèles à leur vocation et aussi plus conscientes de leur besoin de renouvellement. En partageant nos vies et nos ministères dans une unité visible plus étroite, nous serons fortifiés pour poursuivre la mission du Christ dans le monde.
E Une nouvelle étape
55 L‘accord de grande portée auquel nous avons abouti dans les paragraphes ci-dessus montre que nous sommes entrés dans une nouvelle étape de notre commun voyage dans la foi. Nous sommes en accord sur la nature et la raison d‘être de l‘Église (Chapitre II), sur la foi et la doctrine (Chapitre III), notamment sur l‘apostolicité de toute l‘Église, sur le ministère apostolique en son sein, et sur la charge épiscopale au service de l‘Église (Chapitre IV).
56 Sur la base de cet accord, nous croyons:
    que nos églises devraient avec confiance se reconnaître mutuellement comme des églises et avoir entre elles des relations nouvelles;
    que chaque église dans son ensemble a maintenu une succession apostolique authentique dans son témoignage et son service (IV A);
    qu‘un ministère apostolique de la parole et des sacrements a été transmis à chaque église par la prière et l‘imposition des mains (IV B);
    que chaque église a maintenu une succession ordonnée du ministère épiscopal dans la continuité de sa vie pastorale, avec, au centre, la consécration des évêques et l‘expérience et le témoignage des sièges épiscopaux historiques (IV C).
57 A la lumière de tout cela nous pensons que le temps est venu pour toutes nos églises d‘affirmer ensemble la valeur et l‘usage du signe de la succession épiscopale historique (IV D). Cela veut dire que ces églises qui, à un moment donné, n‘ont pas fait usage de ce signe sont libres de reconnaître sa valeur et devraient l‘adopter sans pour autant nier leur propre continuité apostolique. Cela veut dire aussi que ces églises qui ont fait usage de ce signe sont libres de reconnaître la réalité de la charge épiscopale de ces églises qui, à un moment donné, n‘en ont pas fait usage et devraient affirmer leur continuité apostolique.

Table des matières - Préface - Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V

 
 
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