L‘AFFIRMATION COMMUNE DE PORVOO

3 - NOS ACCORDS DANS LA FOI

29 Anglicans de Grande-Bretagne et d‘Irlande et Luthériens des pays Nordiques et Baltes ne se sont à aucun moment condamnés en tant qu‘Églises et ne se sont jamais séparés de manière formelle. Mais une mise en œuvre plus profonde de la communion est certainement désirable et paraît maintenant possible, sans nier la diversité légitime et fructueuse qui s‘est développée au cours des temps dans des façons distinctes de confesser notre foi. Les Anglicans ont eu tendance à mettre l‘accent sur l‘importance de la liturgie pour confesser la foi de l‘Eglise. Les Luthériens, sans nier cet aspect des choses, ont eu tendance à donner plus d‘importance à la confession doctrinale. Les uns et les autres, cependant, considèrent la lex orandi et la lex credendi comme étant étroitement liées. La Confession d‘Augsbourg et les Trente Neuf Articles sont le produit de circonstances différentes en réponse à des besoins différents et ils ne jouent pas le même rôle dans la vie des Églises. Des formulations leur sont communes et portent un témoignage à la communauté de foi dans l‘Eglise à travers les siècles. A partir de ce fondement, les contacts et les échanges œcuméniques modernes ont aidé à clarifier, de manière substantielle, certains questions résiduelles, en mettant en évidence, avec plus de précision, dans quelle mesure nous comprenons de la même manière la nature et la raison d‘être de l‘Eglise et avons un accord fondamental dans la foi. Nous sommes maintenant appelés à un approfondissement de la communion, à progresser sur le chemin de l‘unité visible et d‘une nouvelle cohérence dans notre commun témoignage en parole et actes à l‘unique Seigneur, l‘unique foi et l‘unique baptême.
30 Dans ce but, nous présentons ci-dessous notre accord substantiel dans la foi. Nous puiserons dans Baptême, Eucharistie, Ministère (le texte de Lima), et dans les réponses officielles des Églises à ce texte. Nous puiserons aussi dans des tentatives précédentes pour préciser l‘étendue et la nature des accords entre Luthériens et Anglicans. Au nombre de ces documents le Rapport de Pullach de 1973, le Rapport d‘Helsinki de 1983, le Rapport de Cold Ash de 1983, les Implications de l‘Evangile de 1988, La Déclaration Commune de Meissen de 1988 et le Rapport de Niagara de 1988. Tous témoignent de l‘unité substantielle dans la foi entre Anglicans et Luthériens. Nous sommes au bénéfice de leurs conclusions qui constituent une contribution à notre accord dans la foi. De plus, nous avons abondamment fait usage des résultats respectifs des dialogues Anglicans-Catholique Romain et Catholique Romain-Luthériens.
31 L‘accord dans la foi réalisé dans le texte Anglicans-Luthériens se trouve confirmé dans une résolution de la Conférence de Lambeth de 1988, où il est déclaré que la Conférence
    'reconnaît, sur la base du très large consensus auquel ont abouti les dialogues internationaux, régionaux et nationaux entre Anglicans et Luthériens et à la lumière de la Communion centrée dans la Parole et les Sacrements vécue dans la tradition les uns des autres, la présence de l‘Église de Jésus-Christ dans la Communion Luthérienne comme dans la nôtre'.
  La Huitième Assemblée de la Fédération Luthérienne Mondiale à Curitiba a de même affirmé en février 1990:
    'Cette Assemblée décide que la FLM renouvelle son engagement pour atteindre le but de la pleine communion avec les Églises de la Communion Anglicane, et pousse les Églises membre de la FLM à prendre les mesures appropriées à sa réalisation… La FLM prend acte avec reconnaissance des progrès déjà réalisés par des Églises membres de la FLM en vue de la communion ecclésiale avec les partenaires nationaux/régionaux Anglicans et les encourage à poursuivre.'
32 Nous recensons ici, résumés, les points principaux qui nous sont communs en matière de foi et de pratique:
  a Nous acceptons les écritures canoniques de l‘Ancien et du Nouveau Testament, prophétiques et apostoliques, comme rendant compte et témoignant de la révélation de Dieu en Jésus-Christ de manière suffisante, inspirée et faisant autorité. Nous lisons les Écritures, dans le cadre du culte, dans le langage du peuple, convaincus que dans les Écritures - en tant que Parole de Dieu et témoignage rendu à l‘Evangile - la vie éternelle est offerte à toute l‘humanité, et qu‘elles contiennent tout ce qui est necessaire au salut.
  b Nous croyons que la volonté et le commandement de Dieu sont essentiels à la proclamation, la foi et la vie chrétienne. Le commandement de Dieu nous engage à aimer Dieu et notre prochain, et à vivre et servir à sa louange et à sa gloire. En même temps le commandement de Dieu nous révèle notre péché et notre besoin constant de sa miséricorde.
  c Nous croyons et proclamons l‘évangile qu‘en Jésus-Christ Dieu aime et sauve le monde. Nous "partageons une compréhension commune de la grâce justifiante de Dieu, c‘est à dire que nous sommes comptés pour justes et sommes rendus justes devant Dieu par grâce par le moyen de la foi à cause des mérites de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et non du fait de nos œuvres ou de nos mérites… Nos deux traditions affirment que la justification conduit et doit conduire à des ‘œuvres bonnes‘; la foi authentique s‘exprime dans l‘amour" . Nous recevons le Saint Esprit qui renouvelle nos cœurs et nous équipe et nous appelle pour les œuvres bonnes. De même que la justification et la sanctification sont deux aspects inséparables d‘un même acte divin, de même la foi et l‘amour sont inséparables pour le croyant.
  d Nous acceptons la foi de l‘Eglise à travers les âges telle qu‘elle est exprimée dans les symboles de Nicée Constantinople et des Apôtres et nous confessons les dogmes Trinitaires et Christologiques fondamentaux auxquels ces symboles rendent témoignage. C‘est dire que nous croyons que Jésus de Nazareth est vrai Dieu et vrai Homme, et que Dieu est un Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit . Cette foi est confirmée explicitement à la fois dans les Trente Neuf Articles de Religion et dans la Confession d‘Augsbourg.
  e Nous confessons et célébrons la foi apostolique dans la louange liturgique. Nous reconnaissons dans la liturgie à la fois une célébration du salut en Christ et un facteur significatif dans la formation du consensus fidelium. Nous nous réjouissons de l‘étendue de notre "tradition commune de spiritualité, de liturgie et de vie sacramentelle" qui nous a donné des manières communes de célébrer et des textes, cantiques, récitatifs et prières communs. Nous sommes influencés par le même renouveau liturgique et par une grande variété d‘expressions reflets de contextes culturels différents.
  f Nous croyons que l‘Eglise est constituée et maintenue par le Dieu Trine à travers l‘action salvatrice de Dieu dans la parole et les sacrements. Nous croyons que l‘Eglise est un signe, un instrument et un avant-goût du Royaume de Dieu. Mais nous reconnaissons aussi qu‘elle est en constant besoin d‘être réformée et renouvelée.
  g Nous croyons que par le baptême, avec de l‘eau, au nom de la Trinité, Dieu unit le baptisé à la mort et à la résurrection du Christ, l‘introduit à l‘Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, et lui confère le don gracieux de la vie nouvelle dans l‘Esprit. Étant donné que dans nos Églises nous chérissons et pratiquons le baptême des petits enfants, nous prenons également au sérieux nos responsabilités catéchétiques en vue de l‘éducation des enfants baptisés jusqu‘à leur engagement responsable envers le Christ. Dans toutes nos traditions, le baptême est suivi du rite de la confirmation. Nous reconnaissons deux pratiques dans nos Églises, qui ont toutes deux des précédents dans les premiers siècles: dans les Églises anglicanes, la confirmation est administrée par l‘évêque; dans les Églises Nordiques et Baltiques, la confirmation est administrée habituellement par le ministre du lieu. Dans toutes nos Églises la confirmation inclut l‘invocation du Dieu Trine, le renouvellement de la profession de foi baptismale et une prière pour que, par le renouvellement de la grâce de son baptême, le candidat soit fortifié maintenant et pour toujours.
  h Nous croyons que le corps et le sang du Christ sont vraiment présents, distribués et reçus sous les formes du pain et du vin dans la Cène du Seigneur (l‘Eucharistie). C‘est ainsi que nous recevons le corps et le sang du Christ, crucifié et ressuscité, et en lui le pardon des péchés et tous les autres bienfaits de sa passion. Le mémorial eucharistique n‘est pas simplement un rappel d‘un événement passé et de sa signification, mais la proclamation effective par l‘Église des hauts faits de Dieu. Quoique nous ne puissions offrir à Dieu un sacrifice digne de lui, Christ nous unit à lui dans l‘offrande qu‘il fait de sa vie au Père, le sacrifice unique, complet, parfait et suffisant, offert une fois pour toutes. Dans l‘eucharistie Dieu lui-même agit, donnant vie au corps du Christ et renouvelant chacun de ses membres. Lorsqu‘elle célèbre l‘Eucharistie, l‘Église est reconstituée et nourrie, fortifiée dans la foi et l‘espérance, dans le témoignage et le service quotidien. Ici nous avons déjà un avant-goût de la joie éternelle du Royaume de Dieu.
  i Nous croyons que tous les membres de l‘Église sont appelés à participer à sa mission apostolique. Tous les baptisés reçoivent donc des dons et des ministères divers du Saint-Esprit. Ils sont appelés à offrir leur être en "sacrifice vivant" et à intercéder pour l‘Église et le salut du monde. C‘est le sacerdoce commun à tout le peuple de Dieu et la vocation au ministère et au service (1 Pierre 2,5).
  j Nous croyons que dans la communauté de l‘Église le ministère ordonné existe pour servir le ministère de tout le peuple de Dieu. Nous tenons le ministère ordonné de la parole et des sacrements pour une charge divinement instituée et, comme telle, pour un don de Dieu à son Église. Les ministres ordonnés sont en relation, comme tous les chrétiens, à la fois avec le sacerdoce du Christ et avec le sacerdoce de l‘Église. Cette unité fondamentale du ministère ordonné est exprimée dans le service de la parole et des sacrements. Dans la vie de l‘Église cette unité a pris une forme différenciée. Le triple ministère de l‘évêque, du prêtre et du diacre est devenu le modèle habituel dans l‘Église des premiers siècles et beaucoup d‘Églises le conservent aujourd‘hui, parfois de manière partielle. "Le triple ministère de l‘évêque, du presbytre et du diacre peut servir aujourd‘hui à exprimer l‘unité que nous cherchons et être également un moyen de la réaliser".
  k Nous croyons qu‘un ministère de "supervision pastorale" (episcope), exercé de manière personnel, collégial et communautaire, est nécessaire au témoignage et à la sauvegarde de l‘unité et de l‘apostolicité de l‘Eglise. De plus, nous conservons et employons la charge épiscopale comme un signe de notre intention, sous le regard de Dieu, d‘assurer la continuité de l‘Église dans la vie et le témoignage apostolique. Telles sont les raisons pour lesquelles toutes nos Églises ont un ministère épiscopal exercé de manière personnelle.
  l Nous partageons une même espérance dans la consommation finale du Royaume de Dieu, et nous croyons que dans cette perspective eschatologique nous sommes appelés à travailler à l‘avancement de la justice, la recherche de la paix et le soin du monde créé. Les obligations du Royaume doivent gouverner notre vie dans l‘Eglise et notre soin du monde. "La foi chrétienne c‘est que Dieu a fait la paix par Jésus ‘par le sang de sa croix‘ (Col. 1,20) établissant ainsi en lui le centre d‘unité de toute la famille humaine".
33 Ce résumé témoigne de l‘importance de notre unité dans la foi et la doctrine. S‘il n‘est pas nécessaire que chaque tradition accepte toutes les formulations doctrinales caractéristiques de nos traditions distinctes, par contre nous devons faire face aux obstacles qui demeurent sur le chemin d‘ une communion plus étroite et les surmonter.

Table des matières - Préface - Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V

 
 
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