L‘AFFIRMATION COMMUNE DE PORVOO

2 - LA NATURE ET L‘UNITÉ DE L‘ÉGLISE

A Le Royaume de Dieu et le Mystère et la Raison d‘être de l‘Église
14 Le temps présent exige de nous, Églises, quelque chose de neuf. Notre accord, tel qu‘il est transcrit dans ce texte, sur la nature de l‘Eglise et son unité a des implications pour la manière dont nous relevons les défis de notre temps. Nous en sommes venus à nous rendre compte de plus en plus clairement que nous ne sommes pas des étrangers les uns pour les autres, mais "concitoyens des membres du peuple de Dieu, de la famille de Dieu… construits sur le fondement des apôtres et des prophètes, avec Jésus-Christ lui-même comme pierre angulaire" (Eph. 2,19-20). Par le don de la grâce de Dieu, nous avons été attirés dans la sphère de la volonté de Dieu de se réconcilier tout ce qu‘il a créé et maintient (2 Cor 5,17-19), pour libérer la création de tout esclavage (Rom 8,19-22) et pour tout rassembler dans l‘unité en lui (Eph. 1,9s.). Le but ultime et la mission de Dieu en Christ est la restauration et le renouveau de tout ce qu‘il a fait, la venue du Royaume dans sa plénitude.
15 Pour nous amener à l‘unité avec lui, le Père a envoyé son Fils Jésus Christ dans le monde. Par la vie, la mort et la résurrection du Christ, l‘amour de Dieu se révèle et nous sommes sauvés des puissances du péché et de la mort (Jean 3,16-18). Par la grâce, reçue au moyen de la foi, nous sommes établis dans une juste relation avec Dieu. Nous sommes ramenés de la mort à une vie nouvelle (Rom. 6,1-11), nés à nouveau, faits fils et filles par adoption et rendus libres pour la vie de l‘Esprit (Gal. 5,4, Rom. 8,14-17). Tel est le cœur de l‘Evangile, proclamation de l‘Eglise, et par cette proclamation Dieu rassemble son peuple. A chaque époque, depuis les temps apostoliques la proclamation de cet Évangile en acte et en parole a été la raison d‘être de l‘Eglise: "Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l‘annonçons à vous aussi, afin que vous soyez en communion (koinonia) avec nous dans la communion (koinonia) que nous avons avec le Père et son Fils Jésus-Christ"(1 Jean 1,3).
16 Croire c‘est reconnaître, par la grâce de Dieu, que la lumière est venue dans le monde, que la Parole a été faite chair et qu‘elle a habité parmi nous et nous a donné le droit de devenir enfants de Dieu (Jean 1,1-13). La foi, en tant que vie en communion avec le Dieu Trine, nous introduit dans la vie commune de l‘Eglise, le corps de Christ, nous y maintient et nous y nourrit. C‘est le don du pardon qui nous délivre de l‘esclavage au péché et de l‘angoisse d‘essayer de nous justifier par nous-mêmes, nous libérant pour une vie de gratitude, d‘amour et d‘espérance. Nous avons été sauvé par la grâce, par le moyen de la foi (Eph. 2,8).
17 L‘Evangile nous convoque à cette vie en communion avec Dieu et les uns avec les autres (koinonia). Au baptême le Saint-Esprit nous unit avec le Christ dans sa mort et sa résurrection (Rom. 6,1-11; 1 Cor. 12,13) ; dans l‘eucharistie nous sommes nourris et fortifiés comme membres du corps unique par la participation au corps et au sang du Christ (1 Cor 10,16s.). L‘Eglise et l‘Evangile sont nécessairement en relation l‘un avec l‘autre. La foi en Jésus, le Christ,comme fondement du règne de Dieu, naît de la proclamation visible et audible de l‘Evangile par la parole et les sacrements. Et il n‘y a pas de proclamation de la parole et des sacrements sans une communauté et son ministère. Ainsi, la communion de l‘Eglise est constituée par la proclamation de la parole et la célébration des sacrements, servies par le ministère ordonné. Par ces dons, Dieu crée et maintient l‘Eglise et donne naissance journellement à la foi, l‘amour et la vie nouvelle.
18 L‘Eglise en tant que communion doit être considérée comme étant au service du projet ultime de Dieu. Pour la gloire de Dieu, elle existe, en obéissance à la mission du Christ, pour servir la réconciliation de l‘humanité et de toute la création (Eph. 1,10). Par conséquent l‘Eglise est envoyée dans le monde comme un signe, un instrument et un avant-goût d‘une réalité qui vient d‘au-delà de l‘histoire, le Royaume de Dieu. L‘Eglise donne corps au mystère du salut, d‘une humanité nouvelle réconciliée avec Dieu et avec elle-même par Jésus Christ (Eph. 2,14, Col. 1,19-27). Par son ministère de service et de proclamation, elle désigne la réalité du Royaume ; et dans le pouvoir de l‘Esprit Saint elle participe à la mission divine par laquelle le Père a envoyé le Fils pour être le sauveur du monde (1 Jean 4,14 ; cf. Jean 3,17).
19 Le Saint-Esprit accorde à la communauté des dons divers et complémentaires. Ils sont pour le bien de tout le peuple et se manifestent dans des actes de service au sein de la communauté et à l‘intention du monde. Tous les membres de la communauté sont appelés à découvrir, avec son aide, les dons qu‘ils ont reçus et à les utiliser pour l‘édification de l‘Eglise et pour le service du monde vers lequel l‘Eglise est envoyée.
20 L‘Eglise est une réalité divine qui est sainte et transcende la présente réalité finie; en même temps, en tant qu‘institution humaine, elle partage le morcellement de toute communauté humaine dans son ambiguïté et sa fragilité. L‘Église est toujours appelée à se repentir, se réformer et à être renouvelée, et doit se confier en toutes circonstances à la miséricorde et au pardon de Dieu. Les Écritures tracent le portrait d‘une Église qui vit à la lumière de l‘Évangile:
    c‘est une Église enracinée et fondée dans l‘amour et le grâce du Seigneur Christ;
    c‘est une Église toujours joyeuse, continuellement en prière et qui rend grâces même dans la souffrance;
    c‘est une Église en route, un peuple de Dieu qui possède une nouvelle citoyenneté dans les cieux, une nation sainte et un sacerdoce royal;
    c‘est une Église qui confesse d‘une seule voix la foi apostolique en parole et en acte, la foi commune à toute toute l‘Eglise en tout lieu et en tout temps;
    c‘est une Église avec une mission envers tous, de toute race et de toute nation, qui prêche l‘Evangile, proclame le pardon des péchés, baptise et célèbre l‘eucharistie;
    c‘est une Église au service de laquelle se trouve un ministère apostolique ordonné, envoyé par Dieu pour rassembler et nourrir le peuple de Dieu en tout lieu, relier et unir à l‘Eglise universelle dans la communion des saints toute entière;
    c‘est une Église qui manifeste par sa communion visible la puissance de Dieu pour guérir et rassembler, au milieu des divisions de l‘humanité;
    c‘est une Église dans laquelle les liens de la communion sont suffisamment forts pour lui permettre de rendre un réel témoignage dans le monde, garder et interpréter la foi apostolique, prendre des décisions, enseigner avec autorité, et partager ses biens avec ceux qui sont dans le besoin;
    c‘est une Église qui réalise quelle espérance Dieu a mise devant elle, la richesse et la gloire de la part que Dieu lui a donné dans l‘héritage de son peuple, et l‘immensité des ressources de la puissance de Dieu pour ceux qui se confient en lui, et qui agit en conséquence.
  Ce portrait de l‘Église n‘est en aucune façon complet; néanmoins, il s‘offre à nos Églises comme un appel à la fidélité de nos vies et comme un rappel du besoin constant de repentance et de renouvellement.
B La nature de la Communion et le But de l‘Unité
21 Les Écritures décrivent l‘unité comme une communion joyeuse avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ (cf 1 Jean 1,1-10), aussi bien que comme une communion entre ses membres. Jésus prie pour que les disciples soient un comme le Père est en lui et lui dans le Père, afin que le monde croie (Jean 17,21). Parce que l‘unité de l‘Église est fondée dans les relations mystérieuses entre les personnes de la Trinité, cette unité appartient nécessairement à sa nature. L‘unité du Corps du Christ est mis en relation avec "un Esprit…, une espérance…, un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu et Père de tous" (Eph. 4,4-6). La communion entre les chrétiens et les Églises ne doit pas être considérée comme une réalisation humaine. Elle est déjà donnée en Christ comme un don à recevoir, et "comme tout bienfait, l‘unité vient aussi du Père par le Fils dans le Saint Esprit".
22 Dans cet éclairage, la désunion doit être considérée comme une situation anormale. Malgré nos péchés et nos schismes, l‘unité à la quelle nous sommes convoqués a déjà commencé à être manifestée dans l‘Église. Elle exige d‘être traduite plus pleinement dans des structures visibles afin que l‘on voit, par l‘Esprit, que l‘Eglise est le corps du Christ et le signe, l‘instrument et l‘avant-goût du Royaume. Dans cette perspective, toutes les traditions confessionnelles sont provisoires.
23 L‘unité visible, cependant, ne soit pas être confondue avec l‘uniformité. "L‘unité en Christ n‘existe pas en dépit de la diversité et en opposition à elle , mais elle est donnée dans et avec la diversité" . Parce que cette diversité correspond à la pluralité des dons de l‘Esprit Saint à l‘Eglise, c‘est un concept d‘une importance ecclésiale fondamentale, pertinent pour tous les aspects de la vie de l‘Eglise, et non une simple concession au pluralisme théologique. Et l‘unité et la diversité de l‘Eglise sont fondées, en dernière analyse, dans la communion de Dieu la Sainte Trinité.
24 La force de l‘unité, les ressources de la diversité sont assurées par les liens de la communion. La communion avec Dieu et avec les croyants est manifestée dans l‘unique baptême en réponse à la prédication apostolique; dans la célébration unie de l‘eucharistie qui construit l‘unique corps du Christ; et dans l‘unique ministère mis à part par la prière et l‘imposition des mains. Cette unité se traduit aussi dans une communion dans l‘amour ; par elle les chrétiens sont liés les uns aux autres par un engagement consacré, avec des responsabilités mutuelles, des biens spirituels communs et l‘obligation de partager leur ressources temporelles. Déjà dans les Actes des Apôtres nous pouvons discerner ces liens: "Ceux qui acceptèrent ses paroles (celles de Pierre) furent baptisés… Ils persévéraient dans l‘enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière… Et tous ceux qui avaient cru étaient ensemble et avaient tout en commun" (Actes 2,41ss.).
25 Dans le récit du livre des Actes des Apôtres ce partage d‘une vie commune est servi par le ministère apostolique. C‘est une description de la façon dont ce ministère nourrit la richesse de la diversité tout en maintenant l‘unité. Par le ministère de Pierre et de Paul, les Gentils aussi sont baptisés. Face aux menaces de divisions, cette décision radicale est ratifiée par l‘Eglise assemblée en concile (Actes 15). Cela illustre le rôle des responsables apostoliques et de leur place dans les conciles de l‘Eglise.
26 Cette manière de comprendre la communion a été décrite de la manière suivante:
L‘unité de l‘Eglise donnée en Christ et fondée dans le Dieu Trine se manifeste dans notre unité dans la proclamation de la parole, les sacrements et le ministère divinement institué et conféré par l‘ordination. Elle est vécue à la fois dans l‘unité de la foi à la quelle nous rendons joyeusement témoignage, que nous confessons et enseignons ensemble, et dans l‘unité de l‘espérance et de l‘amour qui nous conduit à nous unir dans un engagement communautaire. L‘unité a besoin d‘une structure visible capable d‘inclure les différences internes et la diversité spirituelle aussi bien que les changements et développements au cours de l‘histoire. Telle est l‘unité d‘une communauté qui englobe tous les lieux et tous les temps et est appelée à rendre témoignage et servir le monde.
27 Déjà dans le Nouveau Testament surgit le scandale de la désunion entre chrétiens (1 Cor. 1,11-13, 1 Jean 2,18-19). Les Églises qui ne sont pas visiblement unies, pour des raisons historiques ou parce qu‘elles l‘ont délibérément voulu, sont contraintes par leur foi à travailler et à prier pour retrouver leur unité visible et approfondir leur communion spirituelle. L‘Eglise a devant elle l‘unité comme but pour toute la création (Ephésiens 1), lorsque le monde entier sera réconcilié avec Dieu (2 Cor. 5). La communion est ainsi le fruit de la rédemption et nécessairement une réalité eschatologique. Les chrétiens ne peuvent jamais tolérer la désunion. Ils sont obligés, pas simplement de garder et maintenir, mais bien de promouvoir et nourrir la réalisation la plus avancée possible de communion entre les Églises et en leur sein.
28 Une telle communion a des aspects variés et liés les uns aux autres. Elle exige un accord dans la foi ainsi que la célébration commune des sacrements, maintenus par un ministère uni et des formes collégiales et conciliaires de consultation sur les questions de foi, de vie et de témoignage. Ces expressions de la communion peuvent avoir besoin d‘être inscrites dans les lois et règlements de l‘Eglise. La plénitude de la communion exige que tous ces aspects visibles de la vie de l‘Eglise soient imprégnés d‘une communion spirituelle profonde, d‘une croissance ensemble dans une même pensée, un même souci et un même soin de l‘unité (Phil. 2,2).

Table des matières - Préface - Chapitre I - Chapitre II - Chapitre III - Chapitre IV - Chapitre V

 
 
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